[En direct] Soudan: le président Omar el-Béchir destitué par l’armée

Au Soudan, après plus de trois mois de contestation, le président Omar el-Béchir a été contraint de quitter le pouvoir. Le ministre de la Défense a annoncé sa destitution à la télévision publique, ce jeudi 11 avril. Suivez la situation en direct.

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Ce qu’il faut retenir :

► Le ministre soudanais de la Défense a annoncé la destitution d’Omar el-Béchir.

► Un conseil militaire va administrer le pays pendant une période transitoire de deux ans, a précisé le ministre.

► Des milliers de personnes ont afflué jeudi sur le lieu où se tient depuis le week-end dernier un sit-in de protestation devant le siège du ministère de la Défense dans le centre de la capitale, Khartoum.


Les heures sont données en temps universel

16h30 : Autre élément notable, la place importante des femmes dans ce soulèvement populaire au Soudan, comme le souligne cet article publié le mois dernier sur notre site.

Soudan: les femmes en première ligne des manifestations anti-Béchir

Des manifestantes soudanaises laissent exploser leur joie, après l’annonce de la destitution d’Omar el-Béchir. © REUTERS/Stringer

16h20 : Initialement, les premiers manifestants sont descendus dans la rue en décembre dernier pour dénoncer l’augmentation du prix du pain. L’État soudanais n’a plus les moyens de subventionner la farine et quelques autres produits de base, parce qu’il n’a plus de budget pour le faire.

Le pays est en crise économique de façon structurelle depuis des années. La livre soudanaise a dû être dévaluée et les prix ne cessent de grimper : 40% d’inflation en 2017, 70% cette année. Même les provinces relativement épargnées par la crise sont aujourd’hui touchées. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les mouvements de protestation ont débuté dans les régions agricoles, avant de gagner la capitale.

16h05 : L’armée impose un mois de couvre-feu nocturne. « J’annonce un couvre-feu pour un mois, de 22h (20h TU) à 4h (2h TU) », a déclaré le ministre de la Défense, Awad Ahmed Benawf.

16h : L’Egypte exprime sa « confiance dans la capacité du peuple frère soudanais et de son armée nationale loyale » à gérer l’après-Béchir. Le Caire a également exprimé son « soutien total aux choix du peuple soudanais », appelant « la communauté internationale à (les) soutenir (…) dans cette phase historique cruciale », le ministère égyptien des Affaires étrangères dans un communiqué.

13h55 : Si vous souhaitez aller plus loin et mieux comprendre les causes et les conséquences de la destitution d’Omar el-Béchir, n’hésitez pas à réécouter notre deuxième édition spéciale de la journée.

Édition spéciale Soudan [12h30 – 13h TU] 11 avril 2019
11-04-2019 – Par RFI

13h40 : Une question se pose désormais : qui va diriger le Soudan pendant ces deux ans de transition ? Au sein du conseil militaire, il n’y aurait pas de consensus. Trois noms auraient été proposés à l’Association des professionnels soudanais et donc à l’opposition, qui semble avoir accepté le général Abdel Fattah al-Borhane, même s’il n’y a rien d’officiel pour le moment. Le nom d’Awad Ahmed Benawf est également cité, mais l’opposition ne veut pas de lui. Enfin, un autre nom circule : celui du lieutenant-général Kamal Abdul-Maarouf.

13h20 : Les meneurs du mouvement de contestation au Soudan rejettent le coup d’État de l’armée et promettent de poursuivre les manifestations. « Le régime a mené un coup d’État militaire en présentant encore les mêmes visages (…) contre lesquels notre peuple s’est élevé », a indiqué dans un communiqué l’Alliance pour la liberté et le changement, appelant les Soudanais à « continuer son sit-in devant le quartier général de l’armée (à Khartoum) et à travers le pays ».

12h50 : Rachid Saeed Yacoub, porte-parole de l’Association des professionnels soudanais, organe qui a lancé le mouvement de contestation en décembre dernier, a réagi en direct dans notre édition spéciale. Il salue la destitution d’Omar el-Béchir mais affirme que le mouvement n’est pas terminé.

« On a demandé à ce que l’armée constitue un groupe pour discuter avec nous sur les modalités de transition. L’armée a décidé d’agir toute seule et de se passer de nous, explique-t-il. On demande aux Soudanais de rester dans la rue, de continuer leur sit-in devant le QG de l’armée et dans les grandes villes du pays. On ne va pas laisser l’armée diriger toute seule la période de transition. On ne peut pas se contenter d’une déclaration unilatérale de l’armée. »

12h45 : Les milliers de manifestants présents parfois depuis des jours dans les rues de la capitale soudanaise ont laissé éclater leur joie, après l’annonce de la destitution d’Omar el-Béchir.

Des manifestants soudanais sur le toit d’un bâtiment à proximité du ministère de la Défense, le 11 avril 2019. © REUTERS/Stringer

12h30 : Mais qui est le président soudanais ? Militaire dans l’âme, Omar el-Béchir rejoint l’armée dès 16 ans, avant de combattre plusieurs fois, notamment contre Israël. Il gravit les échelons et prend le pouvoir en 1989 lors d’un coup d’État fomenté avec l’aide des islamistes. Dès lors, Omar el-Béchir lance une purge et instaure un régime islamo-militaire.

D’un côté, il soigne son appareil sécuritaire. De l’autre, il introduit la charia et abrite des terroristes, dont Oussama ben Laden lui-même. Le Soudan devient dès lors un « État voyou ». Les États-Unis le placent sur leur liste noire. Le président soudanais n’hésite pas non plus à lancer des guerres sanglantes dans son pays, au sud puis dans l’ouest, au Darfour, au prix de centaines de milliers de morts.

En 2009, la Cour pénale internationale (CPI) lance un mandat d’arrêt contre lui pour génocide, crimes de guerre et contre l’humanité, mais le chef d’État effectue près de 150 déplacements à l’étranger sans jamais être arrêté. Au fil des ans, Omar el-Béchir avait abandonné le soutien aux islamistes et Washington avait même allégé ses sanctions. Le président soudanais continuait malgré tout les discours enflammés contre ses vieux ennemis occidentaux et haranguait la foule en agitant sa fameuse canne autour de lui.

À lire aussi : [Portrait] Soudan: le général Omar el-Béchir dans son labyrinthe

12h15 : Le ministère soudanais de la Défense annonce la fermeture des frontières et de l’espace aérien jusqu’à nouvel ordre.

12h05 : C’est officiel, Omar el-Béchir n’est plus président du Soudan. Le ministre de la Défense vient d’annoncer sa destitution et son arrestation, ainsi que celle des principaux cadres du régime, lors d’une allocution à la télévision d’État. « J’annonce, en tant que ministre de la Défense, la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef », a déclaré Awad Ahmed Benawf. Un conseil militaire va administrer le pays pendant une période transitoire de deux ans, a-t-il précisé.

12h : Rendez-vous à 12h30 pour notre édition spéciale sur la situation au Soudan. En attendant, pour réécouter notre édition spéciale de 11h15, c’est par ici.

Edition spéciale Soudan [11h15 – 11h30 TU] 11 avril 2019
11-04-2019 – Par RFI

11h45 : À Khartoum, les manifestants attendent toujours « l’annonce importante » de l’armée dans une ambiance festive, comme le souligne un journaliste basé dans la région sur Twitter.

11h30 : Qui pour remplacer Omar el-Béchir à la tête du Soudan si son départ est confirmé ? Sûrement pas des hauts cadres du régime actuel, selon Jean-Baptiste Gallopin, doctorant à l’université de Yale, spécialiste des mouvements révolutionnaires et du Soudan. Sur RFI, le chercheur imagine plutôt qu’une personnalité « de rang un peu moindre soit nommée pour représenter le régime dans cette transition ».

11h25 : Pour Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS, spécialiste du Moyen-Orient arabe et de la Corne de l’Afrique, Omar el-Béchir est en quelque sorte « sacrifié pour sauver le régime ». Interviewé sur RFI, le chercheur explique que le président soudanais est devenu plutôt « une charge qu’un atout pour le régime dans la mesure où il est poursuivi par la Cour pénale internationale ».

► Retrouvez notre dossier sur Omar el-Béchir face à la CPI dans les archives de RFI

11h20 : Pour mieux comprendre ce qui se joue au Soudan, vous pouvez écouter notre édition spéciale en ce moment et jusqu’à 11h30 sur l’antenne de RFI.

11h15 : Omar el-Béchir a été placé en résidence surveillée, tout comme plusieurs chefs des Frères musulmans, rapporte la chaîne de télévision Al Hadath.  Cette chaîne, basée à Dubaï, a précisé que l’information lui venait d’Al Sadeeq Sadiq al-Mahdi, fils du dirigeant de l’opposition soudanaise Sadiq al-Mahdi.

11h : Pendant ce temps, manifestants et militaires continuent d’exprimer leur joie à Khartoum, comme l’illustrent ces photos.

Des manifestants opposés au président Omar el-Béchir ont rejoint des militaires sur leurs véhicules blindés, jeudi 11 avril 2019 à Khartoum. © AFP
Des militaires soudanais saluent les manifestants près du ministère de la Défense. © REUTERS/Stringer

10h38 : Moscou a déclaré espérer un retour rapide au calme et à « l’ordre constitutionnel » au Soudan, a dit aux journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. « Nous suivons la situation très attentivement et nous espérons qu’il n’y aura pas d’escalade de la situation pouvant mener à des morts au sein de la population civile », a-t-il ajouté.

La Russie appuie les forces gouvernementales d’Omar el-Béchir, notamment avec la présence d’« instructeurs » dont le rôle n’est pas clair. Le Kremlin avait reconnu fin janvier leur présence « depuis un certain temps » du côté de Khartoum.

10h33 : Selon des témoins cités par l’AFP, des manifestants auraient mené un raid dans un bâtiment du puissant service de renseignement NISS à Kassala, une grande ville de l’est du Soudan, près de la frontière érythréenne. L’un d’entre eux a indiqué à l’AFP par téléphone que les manifestants avaient « pillé tout le matériel » dans ce bâtiment, après le refus d’officiers de relâcher des prisonniers détenus là-bas.

10h18 : Selon l’agence de presse officielle Suna, le Service national de renseignement et de la sécurité (NISS) aurait annoncé jeudi 11 avril la libération de tous les prisonniers politiques que compte le pays.

10h15 : Face à cette situation inédite, la communauté internationale n’a pas encore pris clairement position. Les ambassadeurs des États-Unis, du Royaume-Uni et de la Norvège ont tout de même demandé la mise en place d’« un plan de transition politique crédible », appelant les autorités soudanaises à « répondre [aux] revendications populaires ». Faut-il y voir une inflexion des Occidentaux qui ont plutôt soutenu ces dernières années le président soudanais en dépit du mandat d’arrêt de la CPI ? C’est la question que RFI a posée à Jérôme Tubiana, spécialiste du Soudan. Il était l’invité Afrique de RFI ce matin. Voici un extrait de son interview.

L’Europe s’est beaucoup liée avec le Soudan, en particulier sur les questions de migrations, puisque le Soudan s’est rendu indispensable ou plutôt se prétend indispensable pour freiner la migration de réfugiés de toute la Corne de l’Afrique.

Jérôme Tubiana, spécialiste du Soudan
11-04-2019 – Par Carine Frenk

10h : Les meneurs du mouvement de contestation appellent les manifestants à ne pas s’attaquer aux biens publics et privés, indique l’AFP. « Nous appelons notre peuple à se contrôler et à ne pas attaquer quiconque ou les biens gouvernementaux et privés, a déclaré dans un communiqué l’Alliance pour la liberté et le changement. Quiconque fera ça sera puni par la loi. Notre révolution est pacifique, pacifique, pacifique. »

9h45 : Dans les rues de Khartoum, des militaires sont accueillis en héros par des manifestants.

Des manifestants saluent des soldats près du quartier général militaire dans la capitale soudanaise. © AFP

9h30 : Un ministre soudanais d’un gouvernement provincial assure qu’Omar el-Béchir a démissionné et que des consultations sont en cours pour former un conseil de transition, rappelle une journaliste de Channel 4.

9h : Des milliers de manifestants affluent vers le QG de l’armée dans la capitale soudanaise, indique un journaliste de la BBC.

8h30 : Des soldats soudanais ont mené un raid à Khartoum dans les locaux d’un groupe lié au Parti du congrès national (NCP) du président Omar el-Béchir, ont rapporté des témoins à l’Agence France-Presse (AFP). Le groupe visé s’appelle le « Mouvement islamique », la branche idéologique du NCP.

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