Prestige Découverte : Focus sur Bandia, le village mystique du terroir Safy

Le nom du village de Bandia provient de la déformation de « bang ndioulfa » qui signifie en langue sérère Safy (les réfugiés du baobab). Ce langage codé, ingénieusement articulé dans les jargons de ce dialecte antique, était utilisé pour désigner l’endroit, précisément le trou du baobab, où se terraient les hommes valides à l’époque de la traite négrière. Ce site stratégique fut occupé plus tard par deux grands chasseurs, Joysir et Dakwam. Ils étaient à la recherche du gibier rare jusqu’au moment où l’un d’entre eux pactise avec le géni des lieux qui ordonna l’aménagement du site sacré de Kofki. Ce lieu mystique abrite une espèce végétale atypique, selon le maître des lieux, dont la femme gite dans les terres villageoises de Kignabour.

Bandia est alors devenu un petit village de sérère Safy qui se localise sur l’axe routier reliant Sindia à Thiès à partir duquel se dessine un long cordon d’industries extractives (les carrières) dans son patrimoine forestier classé par le pouvoir colonial en 1933. L’autre caractéristique de ce village est la vente de miel, produit d’une activité apicole corrélée à l’existence de la forêt. Il est subdivisé en trois (3) quartiers que sont Sésséne, Ndiorokh Ndoutane et Mbamabara.

En effet, le plus ancien (c’est-à-dire Séssène) est créé par la lignée de la famille Thiandoum qui furent les premiers habitants du village. D’ailleurs, le totem du village, un oiseau mystique du nom de Kofki, répondait aux formules magiques « Sifoy thiandoum kor thiéré thiandoum » que maîtrisaient parfaitement les initiés de la cour. Cet endroit sacré avait le plein pouvoir de garantir aux hommes de troupe mobilisés pour la guerre mondiale un retour imminent. Aucun soldat du village n’est tombé aux champs de bataille lors des deux guerres mondiales.

Ce lieu est jusqu’à présent fréquenté par des individus venant de partout et qui sont victimes de vol de toute nature. Outre son caractère mystique, il était officiellement reconnu par les tribunaux de Mbour et Thiès, notamment en cas de contentieux ou de litige. Il cohabite avec un autre esprit, plus connu sous le nom de « Garam » dont le pouvoir repose sur la capacité à soulever le vent et la poussière afin de faciliter aux femmes du village leurs activités post hivernales. Ndialgui abritait des moments de communion intense et de prédication à l’image des « khoy » du Sine.

C’est dans le village de Bandia où les « hommes fusées », mystiquement préparés, s’élevaient vers le ciel pour percer les nuages et provoquer la pluie. En effet, ces moments de défi étaient convoqués généralement à la suite de retard constaté dans le cycle pluviométrique. La parfaite maîtrise des sciences occultes leur permettaient de commander la nature, surtout à travers des pratiques qui sortaient de l’ordinaire. Les révélations des « racines de l’avenir » et le potentiel du « canaris de la providence » permettaient de dégager des prospectives sur l’hivernage. Des lectures sur les signes précurseurs dont l’affleurement des racines des arbres, présageaient le mauvais hivernage en plus du petit canari dont le remplissage devenait quasi impossible.

Ce quartier de Séssène a connu une émancipation religieuse incarnait par un érudit en l’islam ; il s’agit de Ababacar Ndione (RAA) qui fut forgé dans les cendres confrériques de Tivaoune. Il était un Soufi hors pair et un détenteur de connaissances que certains venaient puiser à la profondeur des puits de sa science. Marabout de tous les Safy, son enseignement coranique fut perpétué par ses héritiers au niveau des daaras, des dahiras et des conférences religieuses. Après le bref règne d’Abib Ndione (Paix à son âme), le trône est sauvegardé par Atoumane Ndione, la force tranquille à qui nous souhaitons une longue vie et une santé de fer (à suivre).

Dr Mame Cheikh NGOm, thieeko@hotmail.com

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