En 2019, Ece Temelkuran, journaliste turque contrainte à l’exil par l’érosion des libertés dans son pays, publiait un ouvrage au titre éloquent : Comment conduire un pays à sa perte.
Elle y analysait les sept étapes empruntées par les leaders populistes, qui leur permettent de passer du statut de personnages ridicules à celui d’autocrates profondément inquiétants.
C’était la Turquie. Cela semblait loin.
Et pourtant, dès 2005, Timothy Garton Ash, historien et essayiste britannique reconnu, proposait déjà un guide pour protéger les démocraties contre le populisme.
Aujourd’hui, dans le contexte de la démocratie sénégalaise, bien différente de celle d’un pays comme la Turquie, la situation apparaît tout autre, mais les similitudes sont frappantes.
Car la montée d’un populisme sauvage, appuyé par de grands médias publics comme privés, qui valorisent quotidiennement des professionnels de la propagande, nous pousse à poser une question essentielle :
Comment en est-on arrivé là ?
Ces acteurs médiatiques jouent sur la polémique, l’outrance, la manipulation des émotions. Ils désignent des ennemis à abattre, médiatiquement et à tout prix.
Les animateurs, zélés, s’inscrivent pleinement dans cette campagne médiatico-populiste, où tout est programmé avec une précision millimétrique :
une surface médiatique hors norme, des heures d’antenne chaque semaine…
Ils exploitent des faits divers rebaptisés « faits de société », véhiculent des fake news, agitent la menace de prétendus complots.
Leurs discours sont ensuite relayés à grande vitesse dans des groupes WhatsApp, permettant d’étendre mensonges et manipulations, soigneusement organisés et planifiés.
Ainsi se fabriquent de véritables propagandistes professionnels, au service d’une guerre politique menée contre leurs adversaires.
Jour après jour, des affirmations sans preuve sont martelées.
Des émissions conçues comme des copier-coller de talk-shows sensationnalistes fabriquent des « mentors » médiatiques.
Sans temps mort : la balle médiatique est relancée en permanence. Ils fabriquent l’opinion.
Conscients de l’impact et du danger d’un tel matraquage réactionnaire sur la formation de l’opinion publique, les acteurs politiques eux-mêmes finissent par s’y engouffrer, envoyant leurs propres représentants sur ces plateaux.
Pendant ce temps, la CNRA, dépassée par les événements, adopte le rôle d’un gendarme fantoche, hésitant à appliquer les sanctions pourtant prévues par la loi.
En fin de compte, c’est le public, exposé en continu à ces agressions médiatiques, qui subit de plein fouet les effets de cette dérive populiste.
Saliou Souleye Ndiaye




