Aimes-tues : Contribution de l’association Actions Éducatives

Aimes-Tues ?

La violence conjugale, des profils des auteurs et des victimes aux leviers pour le respect des droits des femmes

« Le foyer devrait être un sanctuaire, pas une scène de crime. » — Simone de Beauvoir

Des faits qui glacent le sang

 

Il y a de quoi avoir peur. De qui ? De celui qu’on aime. De celui qui promettait protection et tendresse. Quand entre “aimer” et “tuer”, la frontière est si fine, c’est toujours la personne la plus vulnérable qui y laisse la vie dans l’union sacrée devant Dieu et devant les hommes.

Féminicide : une pandémie silencieuse dans le pays de la Téranga

Au Sénégal, le féminicide est une problématique présente et alarmante.

Défini comme le meurtre d’une femme parce qu’elle est femme, le féminicide est une forme extrême de violence sexiste. Il transgresse le droit fondamental à la vie, pourtant inscrit dans la Constitution sénégalaise et protégé par des conventions internationales telles que la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF).

« Là où les droits des femmes sont bafoués, c’est toute l’humanité qui est atteinte. » Michelle Bachelet

Entre janvier et août 2025, plusieurs cas de féminicides ont été recensés. Derrière chaque cas de féminicide, se cache un système patriarcal qui reproduit la domination masculine et légitime l’impunité.

 

 

Le mariage : entre idéal sacré et piège invisible

Le mariage est perçu au Sénégal comme un symbole d’honneur, de maturité et de stabilité. C’est une célébration multiforme – religieuse, sociale, coutumière, culturelle – qui fait de la femme mariée un modèle de réussite sociale. C’est un moment de fête, de bonheur, de rires et de sourires.

« Taaru jiguéne seuy la » : la beauté d’une femme, dit-on, c’est son mariage.

Autrement dit, peu importe le statut professionnel de la femme, sa richesse, son rang social, sa beauté et sa coquetterie, son célibat ou son divorce la dévalorise, selon la conscience collective. Mais ce mariage peut se transformer,  du jour au lendemain, en prison dorée et à ciel ouvert. Beaucoup de femmes découvrent la violence pour la première fois de leur vie dans le foyer conjugal  Parfois c’est dès la fin de la lune de miel que  certaines femmes en sont  victimes  sous toutes ses formes : psychologique, verbale, économique, sexuelle, physique, voire létale.

« La femme est le prolétaire de l’homme. » — Benoîte Groult, inspirée de Marx

Dans une société où la masculinité est associée au contrôle et la féminité à la soumission, l’homme violent se sent légitimé et pense avoir tous les droits. Refuser une demande, demander le divorce, ou dénoncer l’infidélité peut être vu comme un affront à “corriger”. Toute tentative d’indépendance, d’autonomie, d’affirmation et d’émancipation est considérée comme de la rébellion alors que rappelons-le, la Constitution sénégalaise garantit l’égalité des sexes.

Auteurs et victimes : entre profils complexes et dénominateurs communs

Les auteurs de féminicides ne répondent à aucun profil unique. Ils peuvent être jeunes ou âgés, instruits ou non, urbains ou ruraux, violents et possessifs, polygames ou monogames. Ce qui les unit : une socialisation fondée sur la domination, une virilité toxique forgée dans l’enfance et l’adolescence. Ce sont des êtres qui prennent toute position de la femme contraire à leur vision et leur opinion comme un affront à réparer, des partenaires qui aiment un jour avec passion, tuent le lendemain avec froideur.

« On ne naît pas violent, on le devient. » — Albert Bandura, psychologue comportementaliste

Certains ont grandi dans des foyers violents, ont intériorisé des discours tels que : « tu es un homme, tu es le chef, ne laisse jamais une femme te diriger ».

Quant aux victimes, elles sont souvent jeunes, dépendantes économiquement, éduquées à la résilience et à la discrétion. Le mougn, le soutoura, la honte sociale et la peur du jugement les poussent à garder le silence… jusqu’au dernier cri.

Changer la donne : de la prise de conscience à l’action

« Éduquer un homme, c’est éduquer un individu. Éduquer une femme, c’est éduquer une nation. » Kwame Nkrumah

Pour enrayer cette pandémie, il ne suffit pas de pleurer les mortes : il faut agir, prévenir, protéger, éduquer, sanctionner. Voici quelques pistes :

 

  1. Éducation aux droits humains

Eduquer très tôt aux droits humains garantirait un meilleur respect des droits des femmes et de la dignité humaine, inculquerait la masculinité positive aux jeunes garçons, des hommes en devenir ;

  1. Réforme du Code pénal

Reconnaître explicitement le féminicide dans le droit sénégalais, avec des peines lourdes, comme le recommandent des défenseurs des droits humains, de nombreux juristes, des OSC, OCB et ONG internationales.

  1. 3. Écoles des maris

Soutenir les initiatives communautaires (avec les chefs religieux) pour former les hommes au rôle d’époux bienveillants et responsables.

  1. 4. Renforcement de l’auto-protection

Encourager les femmes à reconnaître les signes de violence, à parler, à se reconstruire avec l’aide de psychologues, coachs, conseillères juridiques…pour libérer le trop plein de frustrations et de douleurs afin de sortir du cercle de feu qui les consume.

  1. 5. Briser le tabou familial

Inviter les familles à ne plus couvrir la violence par le silence. À écouter. À protéger. À agir avant le coup de téléphone fatal, avant l’enterrement, avant l’irréparable.

En tant qu’organisation de défense des droits humains, Actions Educatives dit avec gravité que le féminicide est un indicateur tragique de l’inégalité entre les sexes. Il n’est ni accidentel, ni marginal. Il est le fruit d’un système qu’il faut déconstruire.

Ainsi, nous :

Le silence tue.

Parlons – Agissons – Changeons

Que Dieu ait pitié de l’âme des défuntes.

Cri de Cœur de l’Association Actions Éducatives – Le 07 août 2025

Actionseducativesae@gmail.com

 

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