Crise au Groupe la Poste : Le Gouvernement lance un plan de redressement

Un Conseil interministériel s’est tenu ce lundi 1er septembre 2025, à la Primature, sur le Groupe SN LA POSTE. A l’issue des travaux, le Premier Ministre Ousmane SONKO a pris les décisions dont voici le relevé :

A. DIAGNOSTIC

Depuis plus d’une décennie, le Groupe La Poste traverse une crise systémique qui menace son rôle d’opérateur public de référence dans les services postaux, financiers et logistiques. Héritière de l’Office des Postes et Télécommunications, la Société nationale La Poste, avec ses filiales Postefinances et EMS Sénégal, a progressivement perdu de sa vitalité, sous l’effet conjugué d’une gouvernance défaillante, d’une concurrence accrue insuffisamment régulée, d’une modernisation insuffisante et d’un déséquilibre financier devenu chronique. Cette situation compromet aujourd’hui non seulement sa mission d’inclusion et de cohésion nationale, mais également sa pérennité.

L’analyse de la période 2012-2025 révèle une dégradation continue des fondamentaux. Les effectifs, passés de 2 600 agents en 2012 à plus de 4 100 neuf ans plus tard, ont augmenté de près de 60 % sans stratégie de productivité, ni soutenabilité budgétaire, entraînant une hausse de plus de 40 % de la masse salariale alors même que le chiffre d’affaires reculait de 26 %.

Cette inflation des charges, combinée à une baisse de l’activité et à un environnement de régulation lacunaire, a creusé un déficit structurel qui s’est aggravé au fil des années. A la fin de l’année 2024, les pertes cumulées dépassaient 100 milliards de FCFA, les capitaux propres étaient négatifs de 156 milliards, et l’endettement atteignait des niveaux critiques, incluant dettes fiscales, sociales, bancaires et fournisseurs. Plus préoccupant encore, les dépôts des comptes clients des Comptes Chèques Postaux et de la Caisse Nationale d’Épargne présentent un déficit de plus de 9 milliards, fragilisant la confiance des clients.

À ces difficultés financières, s’ajoutent de profondes défaillances de gouvernancePendant plus de quinze (15) ans, aucun contrôle externe n’a été exercé sur le Groupe et les états financiers n’ont pas été publiés entre 2013 et 2019, favorisant l’opacité et empêchant la prise de mesures correctives.

L’audit et les investigations en cours permettront, entre autres, de mieux identifier les dysfonctionnements et autres défaillances ayant plombé les performances attendues de La Poste.

Les filiales n’ont pas échappé à cette dérive : Postefinances affiche des capitaux propres négatifs supérieurs à 17 milliards et des cas de fraudes documentées de plus de 3 milliards CFA, tandis qu’EMS Sénégal, censée porter la croissance du courrier express, a perdu des marchés stratégiques et vu son chiffre d’affaires s’effondrer.

Sur le plan opérationnel, le Groupe fait face à de graves fragilités logistiques et sociales. Plus de 80 % du parc automobile est hors d’usage, limitant la distribution et affaiblissant l’activité logistique dans un contexte d’essor du e-commerce. Sur le plan social, les tensions de trésorerie ont conduit l’État à prendre en charge le paiement des salaires depuis octobre 2022, pour un coût global annuel de 18 milliards de FCFA.

Il convient de souligner que le Groupe dispose d’un patrimoine foncier stratégique, estimé à près de 150 sites répartis sur l’ensemble du territoire. Ce capital, aujourd’hui sous-exploité et pour la plupart non immatriculé au nom de la société, représente pourtant une opportunité majeure. Sa valorisation pourrait constituer une source significative de financement pour soutenir la recapitalisation et engager la modernisation en profondeur du Groupe.

Ce diagnostic, sans appel, met en évidence une crise multidimensionnelle qui menace l’existence même de La Poste. Toutefois, cette situation critique offre également une fenêtre d’opportunité : celle de transformer le Groupe en un acteur moderne, compétitif et inclusif, capable de redevenir un véritable levier de cohésion nationale, de modernisation et de développement économique.

Pour ce faire, des réformes profondes s’imposent. Elles doivent combiner un assainissement financier rigoureux, une restructuration des filiales, une rationalisation de la masse salariale, une valorisation des actifs fonciers et une digitalisation accélérée. Parallèlement, il est essentiel de repenser la gouvernance pour la moderniser et instaurer plus de transparence : certification régulière des comptes, renforcement du rôle du conseil d’administration et rétablissement d’un contrôle rigoureux de l’État.

Enfin, la création d’une banque postale avec la modernisation des services financiers et logistiques et le développement de partenariats stratégiques avec le secteur privé et les acteurs régionaux constituent des leviers puissants pour repositionner durablement le Groupe dans son rôle d’opérateur public de référence.

B. ORIENTATIONS STRATÉGIQUES POUR LA RELANCE DE LA SN LA POSTE

La vision stratégique arrêtée vise à faire de La Poste, un outil puissant d’inclusion économique, sociale, numérique et financière, en s’appuyant sur :

La mise en œuvre coordonnée de cette stratégie doit générer des retombées socio-économiques significatives :

Ce projet s’inscrit pleinement dans l’ambition d’un Sénégal juste, prospère et souverain, en renforçant la connectivité des territoires et l’accessibilité des services publics essentiels aux citoyens. La Poste est ainsi appelée à devenir un vecteur clé d’inclusion, en mobilisant aussi bien l’épargne nationale que celle de la Diaspora pour favoriser l’investissement et la croissance.

Pour concrétiser cette vision, Monsieur le Premier Ministre engage l’ensemble des parties prenantes à mettre en œuvre, selon un calendrier structuré autour des phases de redressement (d’ici à fin 2025) et de relance (2025-2029), les mesures ci-après destinées à assurer la stabilité, la modernisation et la transformation durable du Groupe La Poste.

C. MESURES SPECIFIQUES

C.1. MESURES DE REDRESSEMENT – septembre 2025 – décembre 2025

1. Recapitalisation du Groupe La Poste : J’invite le Ministre des Finances et du Budget et le Ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique à :

2. Modernisation de la gouvernance du secteur :

  1. la finalisation du Code des Postes avant fin décembre 2025 ;
  2. la signature de l’arrêté interministériel mettant en place le Fonds de développement d’un service universel postal.

 

3. Rationalisation des effectifs : J’engage le Ministre des Finances et du Budget et le Ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique à veiller à la mise en œuvre par le Directeur général du Groupe La Poste du plan de départs négociés dont la première phase devra être finalisée au plus tard en décembre 2025, tout en veillant au maintien d’un climat social apaisé, à travers notamment la sécurisation des ressources nécessaires au paiement des salaires des agents. Pour cela, un bilan des compétences doit être effectué avec diligence par la Direction générale de La Poste.

4. Apurement des dettes fiscales et sociales : Je demande au Ministre des Finances et du Budget et Ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique de :

5. Mise en œuvre de la Convention entre la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) et POSTEFINANCES : J’invite le Directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) à :

C.2. MESURES DE RELANCE (septembre 2025 – décembre 2029)

6. Valorisation du patrimoine immobilier et du potentiel de télécommunication : J’invite le Ministre des Finances et du Budget et le Ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique à :

7. Respect du domaine réservé de La Poste : J’invite le Directeur général de l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes à renforcer la régulation pour faire respecter le domaine réservé à La Poste par les sociétés de facturation et les coursiers privés, et à porter une communication adaptée auprès des acteurs concernés.

 

8. J’invite le Ministre, Secrétaire général de la Présidence de la République à veiller à la finalisation de l’audit du système de comptabilité analytique par l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes en vue de la détermination de la Rémunération du Service public (RSP), au plus tard en décembre 2025.

 

9. Renforcement des services EMS Sénégal : J’invite le Ministre de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères à confier, dès que les conditions le permettent, à EMS Sénégal le transport des valises diplomatiques, afin de redynamiser ses services et renforcer le rôle de La Poste comme prestataire logistique privilégié de l’État.

10. Octroi des services de paiements de masse : J’invite le Ministre des Finances et du Budget, le Ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique et le Ministre de la Famille et des Solidarités et le Ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture à :

11. Mutation institutionnelle de POSTEFINANCES : J’invite le Ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, en collaboration avec le Ministre des Finances et du Budget, à définir une feuille de route claire et soutenable, d’ici novembre 2025, pour la création d’une Banque postale avec une ouverture aux capitaux privés au plus tard en 2029, afin d’élargir les services financiers et renforcer l’inclusion bancaire.

12. Reconstitution des fonds des tiers : J’invite le Ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique et le Ministre des Finances et du Budget à proposer un plan soutenable pour la reconstitution des fonds des tiers, condition préalable à la mutation institutionnelle de Postefinances.

13. Service national de messagerie électronique et diversification des activités de La Poste : J’engage le Ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique à :

14. Priorité aux services postaux dans l’administration publique : J’invite tous les ministères et organismes publics à utiliser prioritairement les services logistiques et financiers de La Poste pour leurs besoins.

15. Développement du e-commerce national et transfrontalier : J’invite le Ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique en partenariat avec le Ministère de l’Industrie et du Commerce, à accompagner La Poste pour le développement d’une offre adaptée au e-commerce, en collaboration avec les PME et start-up locales, afin de relancer son cœur de métier, d’accompagner la formalisation du secteur informel et ouvrir de nouveaux marchés aux entrepreneurs nationaux.

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