J’ai d’abord connu Mame Less à travers ses lumineuses « Chroniques de Abdou Sow ». Amoureux des belles lettres, j’ai tout de suite été captivé : il faisait partie de cette trempe d’hommes qui savent exactement ce que « parler veut dire ». Puis, le destin m’a accordé le privilège de le connaître personnellement.
Très vite, il a pris une place si centrale dans ma vie que je n’entreprenais plus rien d’important sans lui en parler. Mame Less était fondamentalement BON. Bon en tant qu’être humain, communicant hors pair, et analyste de génie. Il possédait cette capacité rare à décortiquer les réalités les plus complexes pour les restituer avec une pédagogie exceptionnelle. Il dégageait une telle prestance intellectuelle et humaine qu’il avait presque réussi à me faire oublier qu’il était mortel.
Il y a une date qui restera à jamais gravée dans ma mémoire : le 5 octobre 2003. Ce jour-là, j’ai bien failli perdre la vie, si le Tout-Puissant n’en avait pas décidé autrement. Si le pire était arrivé, Mame Less aurait été la toute dernière personne à m’avoir interviewé, dans les studios d’Envi FM aux Maristes.
Je me souviendrai toujours des paroles qu’il m’a glissées en me raccompagnant après l’émission :
« Tu es devenu très structuré. Ce que tu as dit durant la demi-heure consacrée au wolof, c’est exactement ce que tu as dit en français. » Venant d’un orfèvre de la parole comme lui, ce compliment résonne encore en moi aujourd’hui.
Mame Less mérite un hommage à la hauteur de l’empreinte qu’il a laissée : il fut le meilleur de ce que l’on peut espérer d’un être humain, par essence imparfait.
Di la ñaanal ba faww.
Talla SYLLA




