Dans la marche des nations, le hasard du calendrier n’existe pas pour ceux qui savent lire les signes du destin. Ce 21 février nous réunit autour d’une coïncidence bouleversante, jetant un pont invisible entre la naissance et la disparition, entre le deuil et l’héritage.
Ce jour marque le premier anniversaire du rappel à Dieu de mon frère d’armes, Elhadji Idrissa Ndiaye, notre inoubliable “Chaka”. Mais ce 21 février est également le jour qui a vu naître une autre étoile filante de notre histoire, l’immense Cheikh Seydi Aboubeker Mbengue, arraché à notre affection en 2017.
Ces deux hommes, chacun à sa manière, ont forgé l’âme du mouvement élève et étudiant sénégalais.
D’un côté, Chaka. Le courage fait homme. Le leader charismatique et intrépide des “années de braise” (1987, 1988, 1989), qui n’a jamais reculé face à l’adversité. Chaka n’était pas seulement un camarade de lutte syndicale ; il était un ami d’une loyauté absolue, un frère de sang avec qui j’ai partagé les pas, la sueur et la ferveur du Kureelu Doxu Safar sur le chemin de Touba. Un serviteur infatigable de la Ville de Thiès, dont l’engagement ne souffrait d’aucune compromission.
De l’autre, Cheikh Seydi Aboubeker Mbengue. Un intellectuel total, un esprit brillant qui dépassait notre génération d’au moins une tête. Celui que le Prytanée Militaire de Saint-Louis avait accueilli à l’âge précoce de 10 ans – leur “Gros Bébé” de légende – devenu un socio-anthropologue visionnaire. Des luttes au sein de l’ASC Mermoz et du Mouvement des élèves et étudiants du PAI, jusqu’à devenir le pionnier incontesté de la Couverture Maladie Universelle (CMU) au Sénégal et en Afrique, Cheikh a mis son génie foudroyant au service exclusif de la dignité humaine.
Aujourd’hui, alors que notre système scolaire et universitaire traverse une crise profonde, faite d’incertitudes et de tensions, les ombres tutélaires de Chaka et de Cheikh nous interpellent. Ils se sont battus, chacun avec ses armes – la ferveur militante sur le terrain pour l’un, l’ingénierie intellectuelle et sociale de haut vol pour l’autre – pour une même cause : une école publique d’excellence, une université qui forme des bâtisseurs, et un Sénégal où l’accès au savoir et à la santé n’est pas un privilège, mais un droit inaliénable.
À notre jeunesse, aux étudiants, mais aussi à nos gouvernants, je dis ceci : regardez ces deux trajectoires. Elles nous enseignent que l’engagement véritable exige à la fois le don de soi, le courage physique et la grande élévation de l’esprit. L’école sénégalaise a produit ces géants ; il est de notre devoir de sauver cette institution pour qu’elle puisse en enfanter d’autres.
Que la terre deThiès continue d’être douce à Chaka.
Que la terre de Tivaouane reste légère à Cheikh.
La mort ne triomphe jamais de ceux qui ont consacré leur vie au Peuple.
Talla SYLLA
