Imaginez l’opacité d’une nuit artificielle, imposée depuis plus de mille jours. Dans ce réduit étouffant d’où la lumière du soleil a été bannie, le silence absolu de l’isolement n’est rompu que par l’écho du vide. Et puis, soudain, le ciel se déchire. Des rafales saccadées, des détonations lourdes, le fracas terrifiant de la poudre qui s’enflamme à quelques mètres de là.
Enfermés, aveugles au monde extérieur, Mohamed et Hadiza Bazoum entendent la mort rôder autour de leurs murs. Quelle est la nature de ce vacarme ? Est-ce l’assaut final d’une tragédie annoncée ? Est-ce le crépuscule d’un régime qui s’effondre, ou simplement le sanglant règlement de comptes de leurs geôliers ? Ne rien voir, ne rien savoir, et n’avoir pour seule certitude que l’imminence du danger : cette torture psychologique est le sommet de la cruauté humaine. Je me mets à leur place. J’invite chaque conscience, chaque âme douée de compassion, à s’asseoir un instant dans cette pièce plongée dans les ténèbres, la main serrée dans celle de son conjoint, attendant que la fureur s’éteigne ou que la porte cède. Ils ne sont plus de simples détenus politiques ; ils ont été ravalés au rang tragique de boucliers humains.
Pendant que ce couple endure l’indicible avec une noblesse stoïque, au-dehors, le masque des ravisseurs tombe dans un fracas métallique. La tragédie de la base 101, par-delà les vies brisées et la chasse aux sorcières, a agi comme un révélateur impitoyable. Ceux qui s’enveloppaient dans le drapeau de l’indépendance, psalmodiant un souverainisme de façade, ont dévoilé la béance de leur imposture. Leur patriotisme s’évapore à la première mutinerie, contraint de sous-traiter sa propre survie à des légions étrangères, tirant sur leurs propres frères d’armes sous le parapluie de mercenaires venus d’ailleurs. L’ironie est glaçante : ils séquestrent l’élu de la Nation au nom de la souveraineté, mais achètent leur sécurité en hypothéquant celle du pays.
Face à cette tragi-comédie où des officiers tentent laborieusement, sur les écrans, de travestir la vérité pour justifier a posteriori l’injustifiable, l’essentiel demeure atrocement étouffé. Cet essentiel, c’est la dignité bafouée d’un homme et d’une femme qui paient le prix de leur rectitude.
L’obscurité ne triomphe jamais indéfiniment de la vérité. Il est grand temps que ce supplice s’achève, que ces boucliers humains soient arrachés à leur geôle, et que la lumière, celle du soleil comme celle de la justice, leur soit enfin rendue.
Talla SYLLA
