Sortie de Seydi Gassama sur le retrait de la candidature de Macky à l’ONU : “La haine est l’un des pires ennemis de l’objectivité” dixit Babacar Gueye Mbaye

Grand Seydi Gassama

Votre analyse repose sur une confusion fondamentale entre le jugement politique que vous portez sur Macky SALL et les mécanismes institutionnels qui régissent la désignation du Secrétaire général des Nations unies.

Le véritable verrou institutionnel se situe au Conseil de sécurité, et non dans les appréciations politiques que vous avancez. En effet, la désignation du Secrétaire général suit une procédure précise : le Conseil de sécurité recommande un candidat, puis l’Assemblée générale procède à sa nomination. Or, chacun des cinq membres permanents les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni dispose d’un droit de veto. Le vote négatif d’un seul de ces membres suffit donc à neutraliser une recommandation.
Dès lors, si la candidature de Macky Sall se heurte à un veto, cela ne démontre pas automatiquement que son bilan en matière de droits humains ou de gouvernance en constitue la cause. Pour établir un tel lien, il faudrait disposer d’éléments précis et vérifiables. Les considérations géopolitiques, les intérêts stratégiques et les rapports de force entre grandes puissances pèsent de manière plus déterminante dans ce processus.

Par ailleurs, l’absence de soutien officiel de l’Union africaine ne signifie pas qu’un candidat est automatiquement disqualifié. Inversement, bénéficier du soutien de cette organisation ne garantit nullement sa nomination. Le processus onusien obéit à ses propres règles institutionnelles, indépendamment des soutiens politiques et régionaux dont peut bénéficier un candidat.

Enfin, votre raisonnement gagnerait à être confronté à la réalité du processus dans son ensemble. Si d’autres candidatures se sont heurtées à un veto, il devient difficile de faire du seul bilan de Macky Sall l’explication déterminante de son blocage. Encore faudrait-il examiner les situations respectives des candidats et disposer d’éléments permettant d’établir les motivations réelles des États concernés.

On peut légitimement contester le bilan de Macky Sall, mais on ne peut pas transformer un jugement politique en explication certaine d’un mécanisme diplomatique aussi complexe. La critique politique n’exonère personne de l’exigence de rigueur dans l’analyse des faits et des institutions.

En définitive, un veto est un fait institutionnel ; lui attribuer une motivation précise exige des éléments probants. Confondre le fait et son interprétation, c’est prendre une hypothèse pour une certitude et tirer une conclusion avant même d’en avoir établi les causes.
La haine est l’un des pires ennemis de l’objectivité. Elle peut altérer le jugement, brouiller l’analyse et conduire à interpréter les faits à travers le prisme de ses propres convictions. Chacun devrait donc veiller à ne pas laisser ses ressentiments prendre le pas sur la rigueur intellectuelle et l’exigence de vérité.

Babacar Guèye MBAYE
Juriste conseil

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