L’élection de M. Abass Fall comme maire de Dakar constitue une victoire historique pour le parti PASTEF et son leader, le Président Ousmane Sonko. C’est une prouesse politique de taille, qui hisse désormais la capitale sénégalaise sous l’autorité du parti au pouvoir, offrant ainsi à l’État une opportunité inédite de transformer Dakar en vitrine naturelle du Sénégal. En tant qu’ancien élu local, ancien maire adjoint à Thiès et acteur engagé depuis huit ans dans l’appui à la coopération décentralisée, je tiens à féliciter chaleureusement le parti PASTEF pour cet acquis stratégique majeur.
Dakar et le défi des grandes métropoles:
La mairie de Dakar n’est pas une collectivité comme les autres. Elle concentre des défis urbains comparables à ceux d’Abidjan, d’Istanbul ou encore de Dubaï. C’est pourquoi le nouveau maire devrait s’inspirer de ces expériences internationales pour tracer la voie d’une capitale moderne, attractive et durable.
Un nouveau visage pour Dakar : mobilité fluide et ville verte:
Abidjan, ces dernières années, a su réinventer sa mobilité urbaine grâce à des échangeurs multi-niveaux qui ont fluidifié un trafic jadis infernal, sans perturber la circulation en contrebas. Dakar devrait s’inspirer de ce modèle pour construire de nouveaux échangeurs stratégiques (Patte d’oie, Colobane, Rond-point de Surnos – Grand théâtre, Castor, Pikine…), afin de désengorger la circulation et gagner du temps de trajet.
Abidjan est aussi une ville verte, avec des ronds-points fleuris et arborés. Dakar, qui dispose d’un potentiel hydraulique grâce aux forages, pourrait faire mieux encore : chaque rond-point devrait être équipé d’un forage pour irriguer les espaces verts. Cela permettrait de relever deux défis :
– Créer des emplois pour les jeunes Dakarois mobilisés dans l’entretien et la végétalisation ;
– Inscrire la capitale dans une dynamique durable et écologique, avec de véritables îlots verts et de petits parcs pour les enfants dans tous les grands carrefours et axes
Dakar a fait un grand pas avec le BRT et le TER, mais il faut aller plus loin. À Istanbul, le métrobus a transformé la mobilité urbaine. Une carte unique permet d’utiliser bus, métro, tramway et ferry sans distinction. Dakar devrait instaurer cette interconnexion de paiement entre Dakar Dem Dikk, le TER et le BRT, pour fluidifier les déplacements et inciter les citoyens à délaisser leur voiture. Le nouveau maire doit aussi travailler à réformer la circulation aux heures de pointe, en s’inspirant de l’expérience stambouliote, pour rendre le transport collectif plus attractif que l’usage individuel de la voiture. À cela s’ajoute la nécessité de multiplier les pistes piétonnes et de créer de véritables pistes cyclables, afin de promouvoir une mobilité douce et durable dans la capitale. Enfin, Dakar doit commencer dès maintenant à envisager l’avenir avec l’étude et la planification de la mise en place d’un métro urbain, qui serait une étape décisive pour le bien-être des Dakarois et l’avenir de la capitale.
L’un des points faibles de Dakar reste aussi l’absence de véritables lieux de distraction et de loisirs. À ce titre, il faut s’inspirer de l’expérience de grandes métropoles internationales qui ont su intégrer des lacs artificiels et espaces aquatiques dans leur planification urbaine. Dakar dispose déjà d’un atout majeur : le poumon vert de Yarakh, qui abrite le parc de Hann. Sa réhabilitation et son aménagement en un grand espace de détente moderne pourraient en faire l’un des lieux les plus attractifs et accessibles de la capitale pour les familles, les jeunes et les touristes.
Dubaï, qui s’est inspirée de Montréal, prouve qu’une ville peut se transformer radicalement en repensant son schéma de circulation. Dakar doit oser cette même vision audacieuse : revoir ses plans de mobilité, organiser intelligemment les flux de circulation et associer planification urbaine et innovation technologique pour bâtir une capitale moderne.
La transformation de Dakar doit aussi passer par la sécurité urbaine. La capitale a besoin d’un éclairage intelligent, adapté et moderne, pour sécuriser les rues la nuit. La vidéosurveillance, associée à la mobilisation de volontaires communautaires, doit compléter ce dispositif afin de garantir un meilleur contrôle de l’espace public et une tranquillité retrouvée pour les citoyens.
Il est également urgent de doter la Ville d’une régie municipale des travaux, un service technique autonome capable de gérer le pavage, l’entretien des voiries, l’éclairage et la maintenance des jardins publics. Cette régie contribuerait non seulement à améliorer la maintenance urbaine, mais aussi à accroître l’emploi des jeunes Dakarois, en leur donnant des métiers stables et qualifiés. Elle devrait par ailleurs travailler en étroite collaboration avec les écoles de formation professionnelle, qui deviendraient un véritable vivier de compétences pour le développement de la capitale. Dakar a déjà prouvé dans le passé sa capacité à relever ce défi ; il est temps de relancer cette dynamique avec une vision inclusive et tournée vers l’avenir.
Mais Dakar ne doit pas être qu’une ville fonctionnelle : elle doit aussi être une ville touristique et culturelle. Le marché Kermel, patrimoine historique et vitrine des habitudes sénégalaises, mérite d’être pleinement valorisé comme symbole du terroir et de l’identité dakaroise. Mais au-delà de Kermel, Dakar recèle d’autres joyaux qui doivent être intégrés dans une véritable stratégie de tourisme urbain durable : le village artisanal de Soumbédioune, qui devrait être modernisé et promu comme pôle d’artisanat majeur ; les plages de Dakar, qui doivent être réaménagées pour devenir des espaces de loisirs et d’attractivité internationale ; le Monument de la Renaissance africaine, qui gagnerait à être intégré dans un partenariat fort avec la Ville de Dakar ; sans oublier l’île de Gorée, classée au patrimoine mondial, dont le mémorial et l’ensemble des sites historiques devraient être réhabilités et revalorisés. L’ensemble de ces initiatives permettrait à Dakar de se positionner comme une capitale culturelle et touristique de premier plan, conjuguant mémoire, identité et ouverture sur le monde.
En définitive, à l’orée de ce monde moderne et compétitif, la Ville de Dakar a besoin d’une Agence de Développement qui lui soit propre. Cette structure, véritable grenier de réflexion et d’innovation, aurait pour mission de planifier et de projeter Dakar vers l’avenir, mais aussi de doter la capitale d’outils financiers modernes. En effet, Dakar doit désormais être en mesure de lever des fonds innovants, y compris à travers la finance éthique et halal, pour financer ses projets structurants.
Le patrimoine foncier de la ville doit être réinventé et valorisé comme source de revenus durables. À l’instar de ce qu’a fait la mairie de Paris, Dakar pourrait ériger sur certains de ses terrains stratégiques des buildings de plateaux modernes, destinés à être loués ou concédés, générant ainsi des rentes stables au bénéfice de la collectivité. Cette stratégie offrirait à la capitale une autonomie accrue dans le financement de ses politiques publiques, et consoliderait sa capacité à investir dans les infrastructures, la mobilité, l’environnement et la culture.
Ainsi, la mise en place d’une telle agence permettrait à Dakar de disposer à la fois d’une planification urbaine coordonnée avec l’État et d’une ingénierie financière innovante, ouvrant la voie à un modèle de développement durable, inclusif et adapté aux ambitions de la Vision Sénégal 2050.
Réformer la décentralisation : une refonte globale avec un statut spécial pour Dakar:
La réflexion sur Dakar ne peut être dissociée d’une analyse globale de la décentralisation au Sénégal. Le Régime Financier des Collectivités Territoriales, hérité de 1966, est aujourd’hui dépassé et ne permet plus aux communes, départements et villes du pays de répondre efficacement aux défis contemporains. De même, le Code Général des Collectivités Territoriales de 2013, adopté dans un contexte politicien, mérite une évaluation approfondie pour corriger ses insuffisances et l’adapter aux besoins réels du développement territorial.
Cette réforme doit être globale, pour renforcer l’ensemble des collectivités territoriales et leur donner les moyens techniques et financiers de porter des politiques publiques locales ambitieuses. Mais à l’intérieur de cette réforme nationale, la capitale Dakar doit bénéficier d’un statut spécial. Ville stratégique, cœur économique et vitrine du Sénégal, Dakar ne peut être gérée comme une commune ordinaire.
Ce statut spécial devrait lui conférer :
– un régime financier adapté, lui permettant de lever des fonds innovants (y compris par la finance halal) et de valoriser son patrimoine foncier à travers des projets structurants, comme l’édification de plateaux de bureaux modernes générant des rentes durables ;
– une redistribution équitable et cohérente des ressources entre la ville et ses 19 communes, pour éviter les disparités et les chevauchements de compétences ;
– une meilleure articulation avec l’État, grâce à une Agence de Développement de Dakar, chargée d’assurer la planification urbaine, l’innovation financière et la coordination des grands projets de la capitale.
Ainsi pensée, la réforme de la décentralisation fera du Sénégal un pays doté de collectivités fortes, équilibrées et modernes, et de Dakar une capitale à la hauteur de son rôle : vitrine de la transformation nationale et locomotive de la Vision Sénégal 2050.
Dénéba DIOUF
Expert Consultant en Management Qualité Halal (Training – Audit – Assistant)
